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Sayonara (Adieu)

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+ posted by Hunk as translation on Aug 30, 2010 18:42 | Go to

Ce n'est pas la traduction d'un manga, mais étant fan de ce réalisateur et très touché par sa mort, je me suis décidé à traduire son ultime message, adressé tant à ses proches qu'à ses fans. // This is not a manga translation, but as a fan of this anime director and being quite affected by his death, I decided to translate his ultimate message, directed towards both his relatives/friends and his fans.

Merci à Makiko Itoh pour sa traduction anglaise. // Thanks to Makiko Itoh for the English translation.

Quelques notes de traduction :
  1. Il se réfère souvent à lui-même en parlant à la troisième personne. C'est un choix de traduction, sachant que les japonais n'utilisent pas souvent des pronoms pour parler d'eux-même.
  2. Le Tanabata est la fête japonaise des étoiles. Google is at your service for more informations.
  3. MADHOUSE est le nom du studio d'animation qui a produit l'ensemble des films de Satoshi Kon.
  4. L'ultime phrase est en fait "お先に" (o-saki ni). C'est le genre de chose qu'on dit au Japon quand on quitte un endroit avant d'autres personnes, par exemple en partant du travail. En gros, il dit aux lecteurs "Il faut que j'y aille, je quitte ce monde avant vous."


Quote by Satoshi Kon:
Comment pourrais-je oublier le 18 Mai de cette année ?

J'y ai reçu le diagnostic suivant d'un cardiologue de l'hôpital de la Croix Rouge de Musashino :

"Vous êtes atteint d'un cancer du pancréas en phase terminale. Il a déjà métastasé plusieurs os. Vous avez tout au plus six mois à vivre."

Ma femme et moi écoutions ensemble. C'était un destin si inattendu, intenable, que nous deux peinions à le supporter.

À une époque, je pensais sincèrement "si je dois mourir un jour, alors ainsi soit-il". Malgré tout, c'était bien trop soudain.

Il y a bien eu des signes qui ne trompent pas. Deux ou trois mois auparavant, je ressentais de fortes douleurs à plusieurs endroits du dos et aux articulations des jambes ; j'avais du mal à bouger le bras droit, et j'éprouvais du mal à marcher, je rendis alors visite à un acupuncteur et à un chiropraticien, mais sans succès. Alors, après avoir subi une IRM et un PET-CT, vint la soudaine annonce du temps qu'il me restait à vivre.

C'était comme si la mort s'était installée juste derrière moi sans que je m'en rende compte, et qu'il n'y avait alors plus rien à faire.

Après cette annonce, ma femme et moi sommes partis à la recherche de moyens pour prolonger ma vie. C'était littéralement une situation de vie ou de mort. Nous avons reçu le soutien de fidèles amis et de forts alliés. Je rejetai l'idée de traitement anticancéreux, et j'essayai de vivre avec une vision du monde légèrement différente de la normale. Le fait de refuser ce qui était "logique (normal)" me ressemblait plus, du moins, de mon point de vue.

Je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'appartenir à la majorité. Il en était de même pour les soins médicaux, comme tout le reste. "Pourquoi ne pas essayer de vivre selon mes propres principes ?" Cependant, comme il se trouvait que j'avais un travail à finir [un film], la volonté seule n'a pas suffit. La maladie continuait de progresser jour après jour.

D'un autre côté, en tant que membre de la société, j'accepte parfaitement au moins la moitié de ce que la société en général tient pour juste. Je paie mes impôts. Je suis loin d'être un citoyen modèle, mais je fais partie intégrante de la société japonaise. Alors, en laissant de côté ce dont je considérais comme nécessaire pour prolonger ma vie, j'essayai aussi de faire le nécessaire pour "être prêt à mourir de façon conforme". Je ne crois pas avoir réussi à faire les choses comme il faut par contre. (Mais) une des choses que j'ai effectivement faites, avec l'aide de deux amis à qui je fais confiance, c'est d'engager une société pour s'occuper entre autres des maigres copyright dont j'étais détenteur. Une autre chose que j'ai faite fut de m'assurer que ma femme hériterait de mes modestes biens en rédigeant un testament. Bien sûr, ce n'est pas que je pensais qu'on se battrait pour mon héritage, mais je voulais m'assurer que ma femme, que je laisserai seule, n'aurait pas à s'inquiéter de rien - et puis, je voulais me débarrasser de la moindre anxiété, moi qui allais bientôt faire le grand saut vers l'autre monde.

Les paperasses et recherches nécessaires pour ces tâches, auxquelles ni ma femme ni moi n'étions familiers, furent expédiés grâce à de merveilleux amis. Plus tard, ayant développé une pneumonie et étant aux portes de la mort, après avoir apposé ma signature en bas du testament, je me disais que si je devais mourir là maintenant, alors ainsi soit-il.

"Ah... Je peux enfin mourir."

Après tout, j'avais été emmené en ambulance à l'hôpital de la Croix Rouge de Musashino deux jours auparavant ; puis encore une fois le surlendemain. J'ai même dû être hospitalisé et subir de nombreux examens. Les résultats de ces derniers : pneumonie, eau dans les poumons, et quand j'interrogeai le médecin [sans prendre de gants], la réponse qu'il me donna fut très professionnelle, et je lui en suis d'une certaine façon reconnaissant.

"Vous tiendrez un ou deux jours... Et même si vous y surviviez, vous aurez sûrement jusqu'à la fin du mois."

Tout en écoutant, je me disais "j'ai l'impression d'entendre une prévision météo", mais il n'y avait plus d'espoir.

C'était le 7 Juillet dernier. Un bien brutal Tanabata, si vous voulez mon avis.

Alors, c'est à ce moment-là que je pris ma décision.

Je voulais mourir chez moi.

Peut-être que je risquais de causer des problèmes aux gens qui m'entourent, mais je leur ai demandé de trouver le moyen de me faire sortir d'ici pour rentrer chez moi. [Ce fut possible] grâce aux efforts de ma femme, à la coopération de l'hôpital en dépit du fait qu'il avait abandonné tout espoir pour moi, à la fantastique aide des autres établissements médicaux, et à des coïncidences tellement nombreuses qu'elles pourraient passer pour un cadeau des cieux. Je n'ai jamais vu une telle succession de coïncidences et d'évènements dans la vraie vie, je n'en revenais pas. On n'était pas dans Tokyo Godfathers après tout.

Alors que ma femme courait dans tous les sens pour arranger ma fuite, je suppliai mes médecins "Si je peux rentrer chez moi ne serait-ce qu'une demi-journée, alors je pourrais encore faire quelque chose !", puis j'attendis seul dans la déprimante chambre d'hôpital que la mort m'emporte. J'étais seul, mais voilà à quoi je pensais.

"Peut-être que ce n'est pas plus mal si je meurs."

Je n'avais pas de raison de penser cela, et peut-être que j'en avais besoin, mais j'étais incroyablement calme et détendu.

Cependant, il n'y avait qu'une pensée qui me hantait.

"Je ne veux pas mourir ici..."

Alors que je pensais ça, quelque chose bougea du calendrier sur le mur et commença à se répandre dans la chambre.

"Ça alors, une ligne est sortie du calendrier. Mes hallucinations n'ont vraiment rien d'original."

Je m'efforçai de sourire en constatant à quel point mon instinct professionnel revenait au galop même dans un moment pareil, mais de toute façon, je n'avais sûrement jamais été aussi proche de passer l'arme à gauche qu'à ce moment précis. Je sentais la mort approcher à grand pas. [Mais] grâce à l'aide de nombreuses personnes, j'ai miraculeusement pu m'échapper de l'hôpital et rentrer chez moi, à la frontière entre mes draps et l'au-delà.

Pour qu'il n'y ait pas de malentendus, je voudrais insister sur le fait que je ne ressens aucune haine ni aucune rancœur envers l'hôpital de la Croix Rouge de Musashino.

Je voulais juste rentrer chez moi. Dans la maison où je vivais.

J'étais un peu surpris que, alors qu'on me transportait dans mon salon, en guise de dessert, je fis l'expérience de mort imminente que tout le monde connait où "on voit son propre corps vu de haut". Je me regardais et je me trouvais à quelques mètres au dessus du sol, comme si je regardais au travers d'un grand angulaire. Mon lit au milieu de la pièce semblait ridiculement large et imposant, et on était en train de poser mon corps sur ce dernier. Pas avec la délicatesse espérée, mais je ne vais pas me plaindre non plus.

Alors, tout ce qu'il me restait à faire, c'est d'attendre que la mort vienne me chercher chez moi.

Sauf que...

Contre toute attente, je vins à bout de ma pneumonie.

Hein ?

D'une certaine façon, je me suis dit la chose suivante :

"Je n'ai pas réussi à mourir ! (rires)"

Plus tard, quand je ne pouvais penser à rien d'autre que la mort, je me disais que j'étais déjà mort une fois. Au plus profond de moi-même, le mot "renaissance" résonnait encore et encore.

Étonnamment, après ça, je retrouvai un semblant de force. Je pensais sincèrement que c'était grâce à tous les gens qui m'ont aidé ; tout d'abord et surtout à ma femme, et à mes amis au soutien sans faille, puis aux médecins et aux infirmières.

Maintenant que ma vie est repartie, je n'avais plus de temps à perdre. Je me suis dis à moi-même qu'on m'avait donné une nouvelle vie, et que je ne devais pas la gâcher. Alors je songeai à éliminer au moins l'une des dernières irresponsabilités que j'avais laissées ici bas.

Pour tout vous dire, j'avais seulement parlé de mon cancer aux personnes qui m'étais les plus proches. Je n'en avais même pas parlé à mes parents. En particulier, du fait des complications liées à mon métier, je ne pouvais rien dire même si je le voulais. Je voulais annoncer ma maladie sur internet et parler du temps qu'il me restait à vivre, mais si la mort de Satoshi était prévue, cela risquait de faire des vagues, aussi petites fussent-elles. Pour ces raisons, j'ai causé beaucoup de problèmes à mes proches. Je m'en excuse sincèrement.

Il y avait tant de gens que je voulais voir avant de mourir, ne serait-ce que pour leur dire au revoir. Famille et proches, amis et ex-camarades de classe ou d'université, les gens que j'ai rencontrés dans le monde du manga, qui m'ont tant inspiré dans mon travail, les gens de l'univers de l'animé qui s'asseyaient à côté de moi, concurrents le jour, compagnons de bar le soir, les amis avec qui j'ai passé de bons et de moins bons moments. Le nombre incalculable de gens que j'ai pu rencontrés de par ma position de réalisateur de films d'animation, et ceux qui se disaient être mes fans, pas seulement au Japon, mais dans le monde entier, et enfin les amis que je me suis fait sur internet.

Il y a tant de gens que j'aurais aimé revoir au moins une fois (enfin, il y en a aussi certains que je préfèrerais ne pas revoir), mais j'ai peur qu'en les revoyant, je ne sois terrifié par l'idée de ne plus jamais les revoir, et que je ne sois ainsi plus en mesure d'accepter la mort comme il se doit. Même si j'avais en partie guéri, je me trouvais toujours à bout de force, et cela me demanderait énormément d'efforts pour rencontrer tous ces gens. Plus les gens voulaient me voir, plus il m'était difficile d'accomplir leur souhait. Quelle ironie. En plus de ça, tout le bas de mon corps était paralysé par le cancer qui se répandait dans mes os, j'étais donc constamment alité, et je ne voulais pas qu'on me voie dans cet état. Je voulais que la majorité se souviennent du Satoshi quand il était plein de vie.

Je voudrais en profiter pour m'excuser auprès de mes proches, mes amis et mes connaissances, pour ne pas leur avoir parlé de mon cancer, pour mon manque de responsabilité. Je voudrais aussi qu'ils comprennent que ce n'était que de l'égoïsme de ma part. Ou plutôt, Satoshi Kon était "ce genre d'hommes". Quand je m'imagine vos visages, je ne veux me rappeler que des bons souvenirs et de vos visages souriants. Merci pour tous ces bons moments passés ensemble, mes amis. J'ai vraiment aimé ce monde dans lequel j'ai vécu. Cette seule pensée suffit à me rendre heureux.

Tous ces gens que j'ai pu rencontrer tout au long de ma vie, que ces rencontres soient positives ou négatives, ont fait de moi l'homme que je suis devenu, et je leur en suis tous infiniment reconnaissant. Même si au final, cela résulte à une mort la quarantaine passée, j'ai accepté ce destin qui m'a été réservé. En même temps, il m'est arrivé tant de bonnes choses.

La seule chose à laquelle je pense maintenant, c'est la mort. "Tout ce que je peux dire, c'est que c'est bien triste." Vraiment.

Sauf que, même si je pouvais fermer les yeux sur bons nombres de mes irresponsabilités [en ne disant rien aux gens], je ne pouvais m'empêcher d'avoir deux regrets. Le premier au sujet de mes parents, et le deuxième au sujet du fondateur du studio MADHOUSE, Maruyama-san.

Même s'il était un tard pour ça, je n'avais pas d'autres choix que de confesser toute la vérité. Je voulais leur implorer pardon.

À peine ai-je vu le visage de Maruyama-san alors qu'il me rendait visite chez moi, qu'un incontrôlable torrent de larme coula de mes yeux, assorti d'un sentiment de honte. "Je suis tellement désolé que ça se finisse comme ça..." Maruyama-san demeurait silencieux, se contentant d'acquiescer et de me prendre les mains. Je ressentais énormément de reconnaissance. Des sentiments de gratitude et de joie d'avoir eu la chance de pouvoir travailler avec lui me submergeaient. Cela pourrait paraître égoïste, mais à cet instant précis, j'avais le sentiment qu'on me pardonnerait.

Mon plus grand regret concernait le film Yume-Miru Kikai [littéralement La machine qui rêve]. Ce n'était pas seulement pour le film en lui-même, mais aussi pour l'équipe avec qui j'avais pu travailler dessus. Après tout, il y avait de grandes chances que le storyboard sur lequel nous avions sué sang et eau ne voie jamais le jour. Tout ça parce que Satoshi Kon a pris en charge l'histoire originale, le script, les personnages, leur personnalité, les dessins, la musique... chaque image jusqu'au moindre détail. Bien sûr, il y avait bien des choses que j'avais partagées avec le directeur de l'animation, celui des dessins et les autres, mais grosso modo, le gros du travail ne pouvait être compris que par Satoshi Kon lui-même. Il est aisé de dire que c'est de ma faute si les choses ont été faites de cette façon, mais de mon point de vue, j'ai fait le maximum d'efforts pour partager ma vision des choses avec les autres. Malheureusement, dans l'état où je me trouve actuellement, je ne peux que nourrir de gros remords quant à mes manquements à ce niveau-là. Je m'excuse sincèrement auprès de l'ensemble de l'équipe. Mais, j'aimerais qu'ils comprennent, ne serait-ce qu'un peu : Satoshi Kon était "ce genre d'hommes", et, c'est pour ça qu'il a pu faire des animés plutôt bizarres qui sortaient du lot. Je sais que c'est une excuse un peu égoïste, mais pensez à mon cancer et veuillez me pardonner.

Je n'étais pas en train de me tourner les pouces en attendant que la mort vienne me chercher ; même là, je continuais à me triturer ce qu'il me restait de cerveau à la recherche du moyen de faire perdurer l'œuvre même après ma mort. Mais rien ne me convenait. Après avoir fait part à Maruyama-san de mes inquiétudes à ce sujet, il m'a simplement répondu : "Ne t'en fais pas. On trouvera un moyen, alors ne t'inquiète pas pour ça."

Je me mis à pleurer.

C'était plus fort que moi.

Même pour mes films précédents, j'ai manqué de responsabilité en terme de production et de budget, mais à chaque fois, Maruyama-san dût trouver une solution pour arranger la situation.

Cette fois-ci ne fit pas exception à la règle. Je n'avais vraiment pas changé.

J'ai pu déballer tout ce que j'avais sur le cœur à Maruyama-san. Grâce à ça, j'ai pu sentir, ne serait-ce qu'un peu, que le talent et le savoir-faire de Satoshi Kon avait une quelconque valeur dans notre industrie.

"Je regrette de perdre ton talent. Si seulement tu pouvais nous laisser nous occuper du reste."

Si LE Maruyama-san de MADHOUSE dit ça, alors je peux m'en aller avec une petite pointe de fierté finalement. Et bien sûr, même si personne ne m'avait rien dit, je ne peux que regretter que ma vision et ma capacité à dessiner des choses si minutieusement soient perdues, mais soit, tant pis. Je suis reconnaissant du fond du cœur envers Maruyama-san pour m'avoir donné l'opportunité de montrer au monde toutes ces choses. Merci, merci beaucoup. Satoshi Kon a été comblé par sa vie de réalisateur.

Ce fut tellement difficile de tout raconter à mes parents.

J'avais vraiment l'intention de monter à Sapporo, où mes parents vivent, tant que j'en étais encore capable, mais ma maladie avait progressé à une telle vitesse que j'avais finalement dû les appeler de ma chambre d'hôpital alors que je me trouvais au bord de la mort.

"Je suis atteint d'un cancer en phase terminale et je vais bientôt mourir. Papa, Maman, je suis si heureux d'avoir été votre fils. Merci pour tout."

Ils ont dû être effondrés quand ils ont appris ça aussi abruptement, mais j'étais persuadé que j'étais tout proche de mourir à ce moment-là.

Mais quand je suis rentré chez moi après avoir survécu à la pneumonie, j'ai pris la grande décision de voir mes parents. Ils voulaient me voir eux aussi. Mais cela allait être si difficile que je n'en avais pas la volonté suffisante. Mais je voulais revoir le visage de mes parents, une dernière fois. Je voulais leur dire à quel point je leur étais reconnaissant de m'avoir mis au monde.

J'ai été quelqu'un d'heureux. Même si je dois m'excuser auprès de ma femme, de mes parents et de tous ceux qui me sont chers, parce que je vais devoir les quitter un peu plus tôt que prévu.

Mes parents ont cédé à mes caprices, et ont fait le chemin de Sapporo jusque chez moi. Je ne pourrais jamais oublier la première chose que m'a dite ma mère en me voyant allongé dans mon lit :

"Je suis si désolée de ne pas t'avoir mis au monde avec un corps plus fort !"

J'en suis resté bouche bée.

Je n'ai pas pu rester longtemps en compagnie de mes parents, mais ce fut suffisant. J'avais eu l'intime conviction que revoir leur visage me suffirait, et finalement, j'ai eu raison.

Merci Papa, merci Maman. Je suis si heureux d'être venu au monde avec vous comme parents. Mon cœur est empli de souvenirs et de reconnaissance. Certes, le bonheur en soit est important, mais je vous suis si reconnaissant pour m'avoir appris à savoir l'apprécier comme il se doit. Merci, merci beaucoup.

Quel manque de respect de mourir avant ses parents. Mais, au cours de ces dix dernières années, j'ai pu accomplir ce que je voulais en tant que réalisateur, atteindre mes objectifs, et obtenir quelques bonnes critiques. Il m'arrive de regretter que mes films n'aient pas rapporter plus, mais je crois qu'ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient. Au cours de la dernière décennie tout particulièrement, j'ai eu l'impression de vivre plus intensément que les autres, et je pense que mes parents ont compris ce que j'avais sur le cœur.

Grâce aux visites de Maruyama-san et de mes parents, j'ai eu le sentiment qu'on m'avait enlevé un immense poids des épaules.

Mais aussi grâce à ma femme, pour qui je m'inquiète le plus, mais qui m'aura soutenu jusqu'au bout.

Depuis l'annonce du temps qu'il me restait à vivre, nous avons tant de fois pleuré ensemble. Chaque jour était si dur pour nous deux, tant physiquement que mentalement. Il n'y a pas de mot pour décrire ça. Mais la raison pour laquelle j'ai pu survivre à ces sombres jours, elle est à chercher dans les mots que tu m'as dits juste après que le diagnostic soit tombé.

"Je resterai à tes côtés jusqu'à la fin."

Fidèle à ces mots, comme si tu me délivrais de toute inquiétude, tu t'es parfaitement acquittée des demandes et autres requêtes qui nous ont été faites, en plus d'avoir appris en un rien de temps comment s'occuper de ton mari. J'ai vraiment été ému de te voir t'occuper si bien de tout.

"Ma femme est incroyable."

"Ça ne sert plus à rien de répéter ça maintenant", tu dis ? Non, non. Tu es encore plus incroyable aujourd'hui que tu ne l'as jamais été, et je le pense du plus profond de mon être. Même après ma mort, je crois que tu enverras Satoshi Kon dans l'autre monde avec grâce et élégance. Depuis notre mariage, je n'ai fait que penser au travail, à tel point que ce n'est qu'après avoir développé ce cancer que j'ai pu passé un peu de temps à la maison - quel dommage.

Mais tu es restée auprès de moi, tu as toujours compris que j'avais besoin de m'immerger dans mon travail, que mon talent résidait là. Merci.

Il y a tant de choses, un nombre incalculable de choses, pour lesquelles je m'inquiète, mais tout a une fin. Enfin, je voudrais exprimer ma gratitude au docteur H. qui a accepté de s'occuper de moi à domicile jusqu'au bout, même si ça ne se fait plus de nos jours, et à sa femme et infirmière, K-san. Ça n'a pas dû être évident pour vous deux, mais vous vous êtes patiemment occupés des nombreux maux et douleurs qui accompagnent un cancer, tout en vous efforçant de rendre ma vie la plus confortable possible jusqu'à ma mort. Je ne pourrais jamais assez vous remercier. Et non seulement vous vous êtes occupés du patient difficile et arrogant que j'étais et non pas parce que c'est votre travail, mais en plus, vous m'avez traité comme un être humain. Je ne trouve pas les mots pour décrire le soutien que vous avez été pour moi, et à quel point vous m'avez sauvé. J'ai été plus d'une fois encouragé par vos qualités d'êtres humains. Je vous en suis profondément reconnaissant.

Et, un dernier pour la fin, mais, du verdict de mon état de santé à aujourd'hui, j'ai eu la chance de compter sur la coopération, l'aide et le soutien psychologique, personnellement comme professionnellement, de deux amis. Je remercie du fond du cœur mon ami T., que je connais depuis le lycée et qui est membre de Kon's Tone [nom du site internet de Satoshi Kon], et le réalisateur H. Merci beaucoup. Il m'est difficile avec mon misérable vocabulaire d'exprimer toute la gratitude qui vous est due. Ma femme et moi-même avons tant reçu de vous.

SI vous n'aviez pas été là pour nous, je suis sûr que je serais en train d'attendre la mort, ma femme assise à mes côtés, avec infiniment plus d'inquiétude et d'anxiété que cela peut être le cas aujourd'hui. Je vous suis vraiment redevable.

Enfin, si je peux me permettre de vous demander une dernière chose, pourriez-vous aider ma femme à m'envoyer dans l'autre monde après ma mort ? Je pourrais partir l'esprit tranquille si vous faisiez ça pour moi. Je vous le demande du plus profond de mon cœur.

Et, à vous qui avez tenu jusqu'à la fin de ce long message, merci. C'est avec le cœur empli de reconnaissance pour toutes les bonnes choses de ce monde que je vais poser ma plume.

Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, il faut que j'y aille.

Satoshi Kon


R.I.P. Satoshi Kon

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Maneww

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#1. by Maneww (Registered User)
Posted on Aug 31, 2010
Je ne connais que de nom "Paprika" ainsi que son manga Toriko
mais cette lettre m'a beaucoup ému au point où mes yeux se sont brouillés à la moitié...
en esperant que ses proches sauront surmonter ça avec force
#2. by Hunk (Registered User)
Posted on Aug 31, 2010
@ Maneww : Merci pour ton commentaire =)

Par contre, je ne sais pas de quel Toriko tu parles ^^' À ma connaissance, il n'a fait que deux mangas : Kaikisen et World Apartment Horror (je n'ai lu que le premier pour ma part).

Je te conseille ses autres films sinon : Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers. Il a aussi fait une série télévisée de 13 épisodes, Paranoia Agent. Chacune de ses œuvres ont un univers particulier, on peut difficilement les comparer, mais j'ai adoré chacune d'entre elles.

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